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D’un obélisque à l’autre...

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Vieux 19/09/2010, 11h41   #11
Bernard
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Journée du Patrimoine (18-19 septembre 2010).

Dans le cadre des journées européennes du patrimoine, l’égyptologue Jean-François Champollion est honoré dans certaines villes de France.
Ainsi le Musée de Grenoble dans le cadre « Les grands hommes » propose, autour de la célèbre statue de l’égyptologue du sculpteur Bartholdi, une visite spécifiquement adaptée aux personnes non voyantes sur le thème de Champollion l’Egyptien.

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A lire...

Une protestante et une Espagnole à la cour de Lorraine : Les épouses d’Henri II, duc de Lorraine.
D’où le danger de manger des pommes : La Guerre de la hottée de pommes (1428-1429).
A n’en pas douter un «chaud lapin» : Les amours de Charles IV, duc de Lorraine.
Acte de Résistance à Nancy : La rafle manquée de Nancy (19 juillet 1942).
La possédée : Elisabeth de Ranfaing, l'énergumène de Nancy (1592-1649).
Des animaux traduits en justice : Condamnation de souris (1733).
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Vieux 15/11/2010, 15h14   #12
Lothringer
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Notez que la Pierre de Rosette est présente au British Museum, et que sa description in situ diminue à mon avis le rôle joué par Champollion.

Sacrés anglais.
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Vieux 30/11/2010, 16h45   #13
Bernard
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Par défaut Petite histoire de Cléopatra’s Needle érigée au Central Park à New-York.

L’acheminement de l’Aiguille de Cléopâtre à Londres aura demandé trois ans (1877-1880) d’efforts entrecoupés de multiples rebondissements avant son érection survenue le 13 septembre 1880 (1). Bien que commencée deux années plus tard il s’en est fallu de justesse pour que l’opération Cléopatra’s Needle de New-York ne coiffe sur le poteau celle de nos amis Anglais.


Cléopatra’s Needle
A New-York de nos jours – A Alexandrie en 1879

Le financement de l’expédition sera assuré par l’homme d’affaire américain William Henry Vanderbilt. Considéré à sa mort comme l'homme le plus riche du monde, le mécène s’adressa en premier à l’ingénieur anglais John Dixon chef des opérations terrestres du rapatriement de la Cléopatra’s Needle à Londres. Ses prétentions financières étant jugées exorbitantes le contrat sera finalement confié à Henry Honychurch Gorringe, officier de marine américain alors âgé de 38 ans. Il recevra 75000 dollars s’il parvient à ériger le monolithe à New-York, rien n’est prévu en cas d’échec. Gorringe relève le défi mais le risque est grand, il doit s’endetter auprès d’amis pour rassembler les fonds nécessaires à l’expédition.


William Henry Vanderbilt (1821-1885) - Henry Honychurch Gorringe (1841-1885)

Peut-être vous souvenez-vous que Cléopatra’s Needle désigne deux monolithes d’Alexandrie dont un était tombé au sol lors du séisme de 1303, c’est celui-ci qui fut choisi et emporté par les Anglais à Londres. C’est donc l’aiguille encore dressée sur son piédestal, celle délaissée par Champollion au profit de l’obélisque de Louxor (2), que vient chercher Gorringe. L’abattage ne devrait pas poser de problèmes, depuis l’expédition du Luxor, un demi-siècle plus tôt, la mécanique avait fait beaucoup de progrès, l’opération n’était plus aussi périlleuse. Cependant ce ne sont pas à des difficultés techniques que va se heurter le chef de l’expédition.

« A Alexandrie, où habitent de nombreux Européens, on assiste à une levée de boucliers. L’aiguille de Cléopâtre restante est l’un des rares monuments antiques encore debout dans cette ville. N’est-il pas scandaleux de vouloir l’emporter ? Articles, pétitions et recours en justice se succèdent, avec l’appui d’archéologues français ou allemands, pour demander aux autorités égyptiennes de revenir sur la décision du khédive Ismaïl. (3)». Depuis Ismaïl a été destitué est remplacé par son fils Tewfik qui manque d’autorité, les ordres du pouvoir central sont appliqués avec nonchalance.

Gorringe va profiter de ces atermoiements pour procéder à l’abattage de l’obélisque le 5 décembre 1879, auparavant il avait fait venir de New-York du matériel de levage qui permit de soulever l’aiguille verticalement par un système hydraulique, avant de la pivoter à l’horizontale puis abaissée au niveau du sol pour être transportée par terre jusqu’au port. L’abattage terminé il fixera au pyramidion un drapeau américain pour bien montrer que dorénavant Cléopatra’s Needle appartient aux Etats-Unis ! Cependant la partie n’est pas encore gagnée, il se heurte à l’opposition des notables d’Alexandrie qui interdisent la traversée de la ville par un convoi aussi lourd menaçant d’endommager les canalisations d’égouts. Il s’avérera inévitable d’enfermer le monolithe dans un caisson étanche pour le faire flotter jusqu’au port, ce qui nécessitera quatre mois de travaux et beaucoup d’argent.

Pour le transport Gorringe n’opta pas pour la construction d’un navire spécialisé tel le «Luxor» français ou le «Cléopatra» anglais. Soucieux de limiter les dépenses, il utilisera un bateau marchand choisi en Egypte. Un vieux cargo racheté à la Poste égyptienne fera l’affaire, pour l’occasion il sera retapé et rebaptisé le «Dessoug».


Chargement de Cléopatra’s Needle dans la soute du Dessoug.

Les matelots du navire furent embauchés à Trieste (Italie), quant à l’encadrement, il était composé de trois officiers dont deux étaient des ivrognes invétérés, le troisième dépressif sera licencié peu après son recrutement pour éviter qu’il ne se suicide durant le voyage. Cet étrange équipage n’empêchera pas le parfait chargement de l’obélisque et de son piédestal dans la soute du Dessoug et le départ du cargo à destination de New-York le 12 juin 1880, huit mois après l’arrivée de l’expédition à Alexandrie. Il arrive à destination le 20 juillet après avoir parcouru 8600 km en mer, ce qui demeure un record historique pour un obélisque égyptien. Gorringe touchait au but mais il n’était pas encore parvenu au terme de ses déconvenues.

Si l’arrivée d’un obélisque égyptien sur le sol américain avait valeur de symbole pour les loges franc-maçonnes, la nouvelle était surtout ressentie comme une opportunité financière supplémentaire pour les dockers du port de New-York. Ils demandèrent un prix tellement exorbitant pour décharger les deux blocs qui composaient le chargement que le Dessoug n'eut d’autre alternative que de repartir et faire route vers Staten Island pour y décharger sa précieuse cargaison. Une colline de Central Park près du Métropolitan Muséum est retenue pour ériger le monolithe. « Le piédestal, pesant 50 tonnes, y sera conduit sur un solide véhicule tiré par 32 chevaux. L’aiguille de Cléopâtre, elle, empruntera une voie ferrée à petite vitesse et mettra 112 jours pour arriver à destination (3) ».

Le 9 octobre 1880, quelque 9000 membres des loges maçonniques new-yorkaises organisent une cérémonie solennelle de bienvenu sur le site. Il faudra cependant attendre le 22 janvier 1881 pour assister, dans un froid glacial, à l’érection du « plus vieux monument du Nouveau Monde ».


New-York 22 janvier 1881 – Erection de Cléopatra’s Needle à Central Park

Henry Honychurch Gorringe présentera une note de 100.000 dollars à son mécène William Henry Vanderbilt, celui-ci règlera le montant de la facture sans sourciller. L’officier de marine ne profitera pas longtemps de son succès, il aura juste le temps d’écrire « Egyptian Obelisks » paru en 1885 date de sa mort accidentelle (4).



(1) Lire page 1 message n°8 « L’invraisemblable épopée de l’obélisque de Londres ».
(2) Lire page 1 message n°1 « L’obélisque de la Concorde, les années décisives ».
(3) « Le grand voyage de l’obélisque » de Robert Solé paru aux Editions du Seuil.
(4) Il mourut le 7 juillet 1885 en sautant d’un train circulant à faible allure.
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A lire...

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A n’en pas douter un «chaud lapin» : Les amours de Charles IV, duc de Lorraine.
Acte de Résistance à Nancy : La rafle manquée de Nancy (19 juillet 1942).
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Des animaux traduits en justice : Condamnation de souris (1733).

Dernière modification par Bernard ; 30/11/2010 à 17h12.
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Vieux 08/05/2011, 19h07   #14
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Par défaut Munich, l’obélisque à la mémoire de combattants morts pour une cause encombrante.

Si vous allez à Munich faire un tour sur la Karolinenplatz, attardez vous quelques minutes au pied de l’obélisque qui s’y dresse. Non pas que le monument soit un trésor architectural mais pour y lire les plaques commémoratives qui se trouvent à la base de l’édifice. Certes les inscriptions qui y figurent ne sont pas inexactes mais, grâce à une rédaction judicieuse elles permettent de faire le grand écart entre la vérité historique et une volonté politique qui a pour dessein de l’escamoter. Tout-ceci étant, bien sûr, à remettre dans le contexte géopolitique de l’Europe de l’époque.


Le monolithe de 29 mètres de haut est construit en briques recouvertes de plaques de métal fondu. La légende voudrait que le métal provienne de la fonte des canons de la flotte turque défaite lors de la Bataille navale de Navarin en 1827. Cependant cette source reste contestée ; il ne s’agirait en fait que de débris de canons cassés et de cloches fêlées récupérés en Bavière. Le monument est l’œuvre de Leo von Klenze (1784-1864) représentant bavarois de l’architecture néoclassique de la seconde partie du XIXe siècle.

Par le Traité de Presbourg (Bratislava) signé en 1805 entre la France et l’Autiche, après les défaites autrichiennes de Ulm et d’Austerlitz, la Bavière alliée à Napoléon devient un royaume. L'électeur Maximilien Ier (1756-1825) Joseph, de la maison de Wittelsbach, en devient le premier roi. Engagées au côté de la France, les troupes bavaroises vont participer aux campagnes napoléoniennes jusqu’en 1813 date à laquelle Maximilien Ier devançant la chute de Napoléon choisit de rejoindre la coalition anti-française.

Fils de Maximilien Ier de Bavière, Louis Ier de Bavière lui succède en 1825. Louis 1er entretient une politique de mécénat qui le conduit à acquérir de nombreuses œuvres. " Pour abriter ses collections, il fait bâtir à Munich la Glyptothèque, le Staatliche Antikensammlungen ainsi que l'Alte et la Neue Pinakothek. Il transfère également à Munich, sa capitale, l'université alors située à Landshut. Faisant ainsi de Munich le plus brillant et le plus important centre artistique et universitaire allemand." (1)

Pour accéder à un vœu de son père il va faire édifier un monument souvenir pour honorer la mémoire de 30.000 soldats bavarois morts lors de la Campagne de Russie. Ce monument sera l’obélisque de Leo von Klenze érigé Karolinenplatz à Munich en 1833. Petit problème cependant puisque lors de la Campagne de Russie (1812) le royaume de Bavière était engagé au côté de Napoléon et ce avant de faire alliance en 1813 avec la coalition anti-française.

Les inscriptions figurant sur les plaques commémoratives de l’obélisque vont être rédigées de manière à dissimuler au mieux ce retournement d’alliance peu glorieux. Chaque face de l’aiguille comporte une inscription. Nous ne nous attarderons pas sur celles situées côté est et sud puisqu’elles indiquent successivement la date de terminaison des travaux et le nom du souverain qui a commandé l’œuvre.

Côté ouest on peut lire : « Dédié aux trente mille Bavarois qui sont tombés pendant la guerre russe ». « La "guerre russe" dont parle le texte allemand et qui a tué 30.000 soldats bavarois, était en fait la campagne de Russie entreprise par Napoléon Ier en 1812. Tout en étant historiquement correct, le texte cache le fait que ces soldats bavarois étaient allés en Russie pour aider Napoléon à vaincre et à occuper la Russie. Le royaume de Bavière (qui était seulement devenu un royaume grâce à Napoléon et avait vu largement agrandir son territoire grâce à lui) avait pris le parti du conquérant - jusqu'à ce que sa gloire s'étiole ... » (2)

Est inscrit côté nord le texte suivant « Eux aussi moururent pour la libération de la patrie ». « Cette inscription reflète la volte-face fait par le gouvernement (royal) bavarois vers la fin des guerres napoléoniennes. Ces soldats qui étaient morts dans une guerre d'agression contre la Russie, on les nommait maintenant défenseurs de la patrie (la patrie de qui, au fait ?). L'ironie (ou le mensonge) de l'histoire est dans le terme de "Befreiung" (libération) parce que ce sont les dernières guerres napoléoniennes (1813 - 1815) qu'on appelait (et continue à appeler) "Befreiungskriege" (guerres de libération) – mais cela voulait dire libération du joug de Napoléon ! » (2) De même que les soldats décédés durant la Campagne de Russie ne pouvaient pas avoir participé aux « Befreiungskriege » qui se sont déroulées 3 ans plus tard.

Ah les voies de la politique sont effectivement très impénétrables…


(1) Wikipédia.
(2) Un obélisque pour 30.000 Bavarois morts en Russie.


Scène de la Retraite de Russie (1812)
Peinture d’époque
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A lire...

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Dernière modification par Bernard ; 08/05/2011 à 19h12.
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Vieux 30/05/2011, 14h38   #15
Bernard
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Par défaut L’obélisque de Nancy ou monument Carnot.

Après avoir évoqué l’obélisque de Munich, pourquoi ne pas dire 2 mots sur l’obélisque de Nancy ? Après tout nous sommes membres d’un forum dont la vocation première est la diffusion de la culture régionale et, comme le souligne le dicton « on n‘est jamais mieux servi que par soi-même! »… Et bien oui nous Lorrains nous avons également notre obélisque sur l’allée du même nom qui sépare la place Carnot et le Cours Léopold à Nancy.

En juin 1892 Sadi-Carnot (1837-1894), président de la République française, est en voyage officiel à Nancy. Au cours de son séjour il reçoit la visite inopinée du grand-duc Nicolas Constantinovitch de Russie (1850-1918) venu en Lorraine pour parfaire les négociations entreprises dans le cadre de la future Alliance franco-russe qui sera ratifiée entre les deux pays le 4 janvier 1894. Assassiné le 25 juin 1894 à Lyon par l'anarchiste italien Caserio, le président Sadi Carnot ne verra pas la mise en œuvre de l’Alliance franco-russe.

Pour commémorer la mémoire de Sadi Carnot et célébrer l’Alliance franco-russe précédée par la rencontre du président de la République française avec le grand-duc Constantin à Nancy, la municipalité de la ville décide de faire bâtir un monument souvenir. Le choix se portera sur l’édification d’un obélisque moderne qui sera inauguré le 28 juin 1896. « Son financement fut assuré par une souscription publique qui obtint la participation de 28 000 personnes, ainsi que de 865 communes de Lorraine, et une subvention de l'État à hauteur de 12 000 francs. »(1)

La conception de l’œuvre est confiée à l’architecte Charles-Désiré Bourgon (1855-1915) membre de l’Ecole de Nancy. Reposant sur une assise à degrés l’obélisque est construit en granit des Vosges et atteint une hauteur de 20 mètres. Sa décoration faite de sculptures en bronze est réalisée par Victor Prouvé (1858-1943) sous la direction de l’architecte Eugène Vallin (1856-1922), les deux hommes appartenaient également au mouvement de l’Art Nouveau.


Descriptif de l’ornement : « Un médaillon représentant Sadi Carnot de profil, soutenu par des représentations allégoriques de la Force et de la Paix, au dessus d'une inscription « AU PRÉSIDENT CARNOT LA LORRAINE ». La Force et la Paix étaient représentées sous les traits de deux femmes se donnant la main ; la Force tenait de la main gauche un rameau de chêne, tout en s'appuyant sur la Paix qui cueillait une branche d'olivier. Ces incarnations de la Force et de la Paix sont parfois interprétées comme celles de la France et de la Russie, car le monument commémore non seulement la mort de Sadi Carnot, mais aussi sa rencontre avec le grand-duc Constantin de Russie qui eut lieu à Nancy… » (2) Le pyramidion de l’obélisque était également décoré d’un rameau de feuilles de chênes.



Photo MamLéa avec son aimable autorisation

Gravés à même la pierre on peut encore y lire le nom de l’architecte (Bourgon), le nom des communes ayant participé à la souscription publique et une inscription mentionnant le « commerce nancéien ».

De l’œuvre de Victor Prouvé, seul demeure, de nos jours, l’ornement du pyramidion, les autres sculptures en bronze ont été arrachées et fondues par les Allemands pendant l'Occupation de la Seconde guerre mondiale.



Photo MamLéa avec son aimable autorisation

(1) Wikipédia.
(2) En passant par la Lorraine et Wikipédia.
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Dernière modification par Bernard ; 31/05/2011 à 13h23.
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Vieux 01/04/2012, 00h06   #16
Bernard
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Par défaut L’Obélisque couché d'Hatchepsout.

Depuis sa découverte lors de la Campagne d’Egypte du général Bonaparte en 1800, l’obélisque couché de l’enceinte d’Amon-Ré à Karnak suscitait de nombreuses interrogations parmi les archéologues. Il fallut patienter plus d’un siècle pour que Ludwig Borchardt, égyptologue allemand, lève le voile sur cette œuvre singulière nait de l’imagination fertile de l’homme ou plutôt, en l’occurrence ici, de celle d’une femme.

Nous sommes en 1476 av JC sous le règne d’Hatchepsout, reine-pharaon, cinquième souverain de la XVIIIe dynastie de l'Égypte antique. Fille aînée du roi Thoutmosis I, mariée à Thoutmosis II, son demi-frère, et tutrice de Thoutmosis III, son neveu. A la mort de son mari, Hatchepsout défia la tradition et monta sur le trône divin, devenant ainsi l'incarnation féminine d'un rôle spécifiquement masculin.

"Mon autorité se dresse, inébranlable, comme les montagnes, le disque solaire brille et étend ses rayons sur la titulature de mon auguste personne et mon faucon s'élève au-dessus de la bannière royale pour l'éternité"(1). Hatchepsout fut couronnée Roi d'Égypte sous le nom de Maâtkarê Hatshepsout ; la reine, ou plutôt le Roi Hatchepsout régna plus de 20 ans."La regarder était plus beau que tout ! Sa splendeur et sa forme étaient divines, c'était une jeune fille belle et resplendissante" (1).



Maâtkarê Hatshepsout, (Reine-Pharaon de 1479 à 1457 av JC)
1 – British Muséum 2 – Nouveau Musée de Berlin 3- Métropolitain Muséum

Telle était Hatchepsout, personnage complexe au comportement ambigu Tantôt femme séductrice dans l’intimité de son palais, tantôt travestie en homme, elle portait vêtements masculins et fausse barbe, pour plaire à son peuple qui, il est vrai, ne pouvait reconnaître une femme en tant que pharaon. L’étude de sa personnalité provoque encore de nos jours de nombreuses controverses.

Dans l’Egypte antique, la religion foisonnait de dieux, demi-dieux, démons et génies. Les figures d’animaux divinisées étaient nombreuses. C’était le cas, entre autres, de la vache et de la chèvre. Toutes ces divinités avaient en commun d’être considérées comme des figures positives. Cette symbolique était l’expression du maternel, de la chaleur et de la gestation. En outre, elles produisaient non seulement de la viande, mais surtout du lait qui était une véritable manne pour les hommes. De nombreuses statuettes à l’effigie de ces animaux ont été découvertes dans les tombeaux comme la chèvre retrouvée dans la chambre mortuaire du pharaon Toutankhamon.

Hatchepsout vouait à la chèvre un culte immodéré ; alors qu’elle était nourrisson, sa survie n’avait pu être assurée que grâce à une bouillie composée à base du lait de cet animal. Peu après son couronnement, elle fit aménager dans les jardins de son palais, une enceinte suffisamment vaste pour y abriter un troupeau de chèvres conséquent. Un quart de sa surface était réservé à une grande étable et à l’hébergement de serviteurs ; le reste de l’étendue étant dévolu à un enclos en partie à ciel ouvert où les chèvres pourraient s’ébattre.



Chèvre faisant partie des trésors de la tombe du Pharaon Toutankhamon
(Musée Egyptien du Caire)

Les critères de sélection de ces charmantes bébêtes avaient été clairement définis : âge, hauteur au garrot, courbure régulière des cornes et obligation de posséder une robe blanche immaculée. Sous la responsabilité d’Erenkhtouès, vizir désigné pour l’occasion, un premier tri fut fait parmi 900 têtes présentées lors d’un marché aux bestiaux. Plus d’un tiers des animaux proposés ne répondait pas aux références établies. Le cheptel restant donna lieu à une sélection confiée à l’œil vigilant du grand prêtre Hapouseneb.

Cette tâche accomplie, il restait encore environ 500 chèvres à présenter à Hatchepsout pour qu’elle arrête son choix. A elles seules, les opérations de présélection avaient nécessité un mois d’arbitrages et pas mal de palabres. « Durant cinq jours, on présenta à la souveraine, par groupe de quatre chèvres en laisse, l’ensemble des animaux présélectionnés. Assise nonchalamment sur son trône doré, très attentive à l’étrange défilé, Hatchepsout, désignait de gestes dédaigneux les chèvres qu’elle ne désirait pas. Les heureuses élues recevaient quant à elles chacune un nom que le scribe Djedkarê s’empressait d’enregistrer… A l’issue du quatrième jour on dénombra 417 chèvres qui, dorénavant, composaient « Le troupeau divin » de la femme-Pharaon. » (2)

Senenmout, homme de confiance (amant ?) d’Hatchepsout, se vit confier la charge d’embaucher une cohorte de domestiques appelés à veiller au confort du troupeau. L’eau claire, les feuilles, les ronces, le foin ou l’herbe fraiche ne devaient pas manquer à ces charmants caprinés. A toutes heures Hatchepsout faisait des visites inopinées aux écuries pour s’assurer personnellement de leur parfait fonctionnement Le coupable convaincu de négligences était sommairement jugé et condamné à avoir les yeux crevés. « Les soirs de grandes festivités, l’enclos était ouvert et, au milieu des convives, dans un bêlement incessant, les chèvres envahissaient le palais. Elles se livraient alors aux pires déprédations sous l’œil complaisant d'Hatchepsout »(2). Pour éviter de tomber en disgrâce, il était recommandé au visiteur de savoir distinguer et connaître le nom des chèvres particulièrement chéries par la Reine.

En -1467 une peste bovine ravagea plus d’un quart du troupeau, par chance pour les domestiques, la douzaine de chèvres favorites échappa miraculeusement à l’épidémie. «… Après une distribution fournie de coups de fouet, le cheptel fut reconstitué et on augmenta l’effectif des palefreniers de manière à ce que chaque domestique ait la responsabilité nominative d’une dizaine de chèvres… Un jour, un rapace menaça le troupeau… Hatchepsout piqua alors une de ses célèbres colères qui ébranlaient les murs du palais, elle exigea la nomination de huit guetteurs chargés de scruter le ciel de l’aube au couchant… Ils furent dotés de trompettes pour donner l’alerte et de grands drapeaux blancs qu’ils agitaient comme des sémaphores à la moindre intrusion… » (2)



L’Obélisque couché d'Hatchepsout à Karnak.

La reconnaissance divinatoire de la femme-pharaon envers l’animal atteint son paroxysme lorsqu’Hatchepsout passa commande d’un obélisque taillé dans l’halite (sel gemme) extrait des carrières d’Alexandrie. De taille respectable, 8 mètres de long, 1,5 m de largeur pour chacune de ses 4 faces. Il fut couché sur un berceau et déposé au milieu du parc à chèvres pour que celles-ci puissent le lécher à loisir. Le monolithe était couvert de hiéroglyphes sur trois de ses faces – celle tournée vers le sol étant vierge de toute inscription - louant la gloire d’Amon Ré au nom de son humble serviteur Maâtkarê Hatshepsout. L’entretien de l’obélisque devint rapidement un casse-tête pour les sculpteurs qui devaient indéfiniment rafraîchir les caractères égyptiens malmenés par la langue râpeuse des 417 chèvres qui en faisaient leur régal. « Lors d’une restauration, un de ces malheureux fut condamné au supplice du pal pour avoir repoussé sans ménagement Nebkaenrê, chèvre favorite d’Hatshepsout. » (2)

Hormis ces détails tragi-comiques, nous savons par ailleurs qu’Hatchepsout se baignait journellement dans le lait encore tiède provenant de la traite des chèvres de son troupeau. Mais, étonnamment c’est par l’intermédiaire de hiéroglyphes découverts sur un mur du tombeau du grand prêtre Hapouseneb que nous tenons le don le plus précieux hérité du règne de la Reine-Pharaon :

« L’Hator : Chèvre féconde, fils d’Amon, roi aux monuments nombreux, grand de victoires, fils aîné de Ré, détenteur de son trône. L’enfant de Ré : Maâtkarê Hatshepsout, qui exalte le temple d’Amon comme l’horizon du ciel avec son troupeau divin. Hapouseneb, ton esclave, tant que le ciel existera, ton nom existera, mon sacrifice pour le troupeau céleste demeurera, roi bienfaisant comme Atoum, doué de vie. »(1)



Par ce message Hapouseneb dévoilait qu’il avait consacré sa vie à servir Hatshepsout et à veiller au bien-être de ses chèvres. « Mon sacrifice pour le troupeau céleste demeurera » nous enseigne que la charge du cheptel valut au grand prêtre de sérieux tourments. Peu après la mise au tombeau d’Hapouseneb, cette confession posthume passera dans le langage courant. Ce sont les troupes d’Alexandre le Grand qui ramèneront d’Egypte cette locution ; elle deviendra un millénaire plus tard l’expression française bien connue : « Faire devenir chèvre » qui dès lors signifiât : faire subir à une personne un harcèlement moral propre à altérer sa santé mentale.

A la mort d'Hatchepsout en -1457, son successeur Thoutmôsis III, s’empressa de se débarrasser du troupeau de chèvres et de l’encombrant héritage. Il fit transporter l’aiguille à Karnak où les visiteurs peuvent encore la découvrir aujourd’hui sous le nom de : « L’Obélisque couché d'Hatchepsout ».



(1) « Au temps des Pharaons » de Leglas Alison (Editions Nathan).
(2) « Chroniques de l’Egypte antique » de Lattant Charles (Editions Laffont).
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D’où le danger de manger des pommes : La Guerre de la hottée de pommes (1428-1429).
A n’en pas douter un «chaud lapin» : Les amours de Charles IV, duc de Lorraine.
Acte de Résistance à Nancy : La rafle manquée de Nancy (19 juillet 1942).
La possédée : Elisabeth de Ranfaing, l'énergumène de Nancy (1592-1649).
Des animaux traduits en justice : Condamnation de souris (1733).
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Vieux 01/04/2012, 08h27   #17
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Bernard, tu nous feras devenir chèvre !
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Vieux 01/04/2012, 10h54   #18
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mmmmmeêêêêêêêêêhhhhh!
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